Senior Emprunteur

Rachat de soulte après 60 ans : l'assurance du prêt

Rachat de soulte après 60 ans : l'assurance à deux têtes est à refaire ou à revoir. Âge du jour, limites d'âge du contrat, questionnaire de santé.

Par Jérémy Chevalier Publié le

Au rachat de soulte, l'assurance du prêt à deux ne se transmet pas telle quelle à celui qui garde le bien : soit elle est revue avec l'assureur, soit un nouveau prêt est signé avec une nouvelle adhésion. Après 60 ans, cette nouvelle adhésion se fait à votre âge du jour, avec un questionnaire de santé possible et les limites d'âge du contrat.

Cette page traite uniquement de l'assurance emprunteur. Le calcul de la soulte, les frais d'acte et la fiscalité du partage sont hors de son périmètre : ces points relèvent du notaire chargé du dossier.

Que devient le prêt à deux au moment du rachat de soulte ?

Il continue tant que la banque n'a pas donné son accord pour le modifier ou qu'il n'est pas remboursé. Service-Public.fr l'écrit sans détour : « Le divorce ou la séparation du couple ne met pas fin au contrat de prêt, ni à la garantie co-emprunteur. » Chacun reste tenu du prêt. Lorsque le contrat prévoit la solidarité entre les emprunteurs, l'article 1313 du code civil précise qu'elle « oblige chacun d'eux à toute la dette ».

La soulte est la somme qui compense un partage inégal : selon l'article 826 du code civil, lorsque les lots ne peuvent pas être d'égale valeur, « leur inégalité se compense par une soulte ». Celui qui garde le bien la verse à l'autre, après un divorce comme après une succession.

Service-Public.fr décrit trois issues pour le prêt en cours : son remboursement anticipé, la désolidarisation acceptée par la banque, ou le remplacement de l'emprunteur sortant par une autre garantie. Dans les trois cas, la décision revient au prêteur. La convention de divorce ou l'acte de partage, à eux seuls, ne libèrent personne envers la banque.

L'assurance à deux têtes continue-t-elle après la désolidarisation ?

Pas à l'identique : elle couvrait deux personnes pour un prêt à deux, et le prêt n'a plus qu'un emprunteur. La fiche de Service-Public.fr sur la séparation ne traite pas de l'assurance. Ce qui suit combine les textes généraux et notre raisonnement.

MontageCe que devient le prêtCe que devient l'assurance
Désolidarisation acceptée par la banqueLe prêt d'origine se poursuit avec un seul emprunteurLa part assurée sur l'emprunteur restant est à revoir avec l'assureur ; le sort de l'adhésion de l'emprunteur sortant est à lui faire préciser
Nouveau prêt qui rembourse l'ancienL'ancien prêt est soldéL'ancienne assurance prend fin avec le prêt ; le nouveau prêt appelle une nouvelle adhésion
Prêt complémentaire pour payer la soulteUn second prêt s'ajouteUne adhésion nouvelle pour ce prêt

Un contrat d'assurance ne se modifie pas d'un seul côté : l'article 1193 du code civil prévoit que les contrats ne peuvent être modifiés « que du consentement mutuel des parties ». Aucun des textes lus ne décrit, en revanche, l'augmentation de la part assurée en cours de contrat. Si vous étiez assuré pour la moitié du prêt et que la banque demande désormais la totalité, trois questions se posent par écrit à l'assureur :

  1. La couverture déjà en place est-elle maintenue aux mêmes conditions ?
  2. La part ajoutée fait-elle l'objet d'une nouvelle étude, avec des formalités médicales ?
  3. À quelle date et à quelles conditions la nouvelle répartition prendrait-elle effet ?

La notice du contrat indique parfois comment l'assureur traite cette demande ; sa réponse écrite fait foi.

Tant que la banque n'a pas libéré l'emprunteur sortant, celui-ci reste tenu de la dette : mettre fin à son assurance avant cet accord le laisserait engagé sans couverture.

Un point est écrit dans la loi. L'article L. 113-12-2 du code des assurances interdit à l'assureur de résilier une assurance de prêt pour aggravation du risque pendant toute la durée du contrat, hors cas de changement volontaire de comportement fixés par décret. Ce texte vise la résiliation : il ne dit pas comment l'assureur traite une demande d'augmentation de la part assurée.

Faut-il remplir un nouveau questionnaire de santé après 60 ans ?

Pour une nouvelle adhésion, l'assureur est en droit de le demander. L'article L. 113-2-1 du code des assurances lui interdit de demander une information de santé seulement si deux conditions sont réunies : la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par assuré, et le remboursement du crédit s'achève avant le 60e anniversaire de l'assuré. Passé 60 ans, la seconde condition ne peut plus être remplie.

L'état de santé pris en compte est celui du jour de la nouvelle adhésion, pas celui de la première signature. Une maladie apparue entre-temps entre donc dans l'examen. Les réponses se donnent avec exactitude : l'article L. 113-8 prévoit la nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle.

En cas de risque de santé, la convention AERAS organise un examen en trois niveaux. Deux conditions s'appliquent aux prêts immobiliers : une part assurée d'au plus 420 000 €, et une assurance qui s'achève avant le 71e anniversaire. Un nouveau prêt de huit ans signé à 62 ans entre dans ce cadre. Le même prêt sur douze ans en sort, puisqu'il s'achève à 74 ans.

Les règles de déclaration sont détaillées dans notre page sur le questionnaire de santé.

Quelles limites d'âge s'appliquent à la nouvelle adhésion ?

Deux âges écrits dans le contrat : l'âge maximum pour adhérer, et l'âge auquel la garantie décès cesse. Dans les contrats que nous avons relevés le 6 septembre 2026, l'adhésion à la garantie décès se ferme entre 65 et 86 ans selon le contrat, et la garantie cesse entre le 75e anniversaire et l'année du 90e anniversaire.

Ces deux âges se lisent avec la durée du nouveau prêt. Service-Public.fr rappelle que la garantie décès intervient lorsque le décès a lieu « avant un âge limite ». Si la banque demande une couverture jusqu'à la dernière échéance, la durée du prêt ne peut pas dépasser le temps qui vous sépare de cet âge.

Contrat et réseauÂge maximum d'adhésion (décès)Fin de la garantie décèsDocument source
BNP Paribas Atout Emprunteur, conventions n° 2456/654 (BNP Paribas, Hello bank!)non indiqué dans le document cité86e anniversaireDocument d’information sur le produit d’assurance (IPID 6552), version 07/2025
Contrat de groupe n° A340G (Banque Populaire)moins de 65 ans au jour de la signature80e anniversaireConditions générales / notice d’information, version 06/2021
Contrat de groupe n° 2220N (Caisse d’Épargne)moins de 65 ans au jour de la signatureDécès : 75e anniversaire — PTIA, ITD et ITT : 65e anniversaireNote et notice d’information (réf. 16L2220N_V1_SFC), version 2016 (document ancien ou versions divergentes : à vérifier auprès du distributeur)
EFFINANCE 0601 D (La Banque Postale)moins de 70 ans à la signature de la demandeDécès et PTIA accidentelle : 75e anniversaire — PTIA toutes causes : 65e — ITT et invalidité AERAS : mise à la retraite, au plus tard l’échéance suivant le 65e anniversaireNotice d’information (réf. 01-10933-16), version 06/2015 (document ancien ou versions divergentes : à vérifier auprès du distributeur)
AssuRéponse Immo, contrat collectif n° 1001 (Crédit Agricole (Caisses régionales))moins de 80 ans90 ans — ramené à 80 ans si l’encours assuré chez Predica dépasse 2 000 000 €Notice d’information complète, version 01/2023
Assurance emprunteur API (Décès + PTIA) (Société Générale)18 ans à moins de 65 ansDécès : 31 décembre qui suit le 85e anniversaire — PTIA : dès la retraite ou préretraite, au plus tard le 31 décembre qui suit le 65e anniversaireDocument d’information sur le produit d’assurance (DIPA), version 12/2025
Contrat Groupe ASSUR-PRÊT (réf. 16.41.58) (Crédit Mutuel (hors Arkéa) et CIC)31 décembre de l’année du 75e anniversaire31 décembre de l’année du 80e anniversaireNotice d’information, version 11/2015 (document ancien ou versions divergentes : à vérifier auprès du distributeur)
April Assurance de Prêt Horizon (offre 50 ans et +) (April)85 ans au 31 décembre de l’année de prise d’effet31 décembre du 90e anniversaireDocument d’information sur le produit d’assurance (IPID), version 05/2025
PERENIM (AFI-ESCA (délégation))84 ans90e anniversaireDocument d’information sur le produit d’assurance (IPID), version 11/2025
Contrats n° 1350 et n° 1353 (REAPRET) (MNCAP)moins de 85 ans90e anniversaire — Prêt amortissable, relais ou regroupement, capital ≤ 500 000 €. Au-delà, ou pour un prêt in fine, un PTZ ou un prêt professionnel : adhésion avant 65 ans et fin au 75e anniversaire.Notice d’information, version 06/2022
Garantie Emprunteur Macif, contrat collectif n° 207003 (Macif — contrat géré et distribué par Securimut)moins de 85 ans85e anniversaireNote d’information détaillée (réf. GEM25050011), version 2025
Super Novaterm Crédit (MetLife (délégation))moins de 86 ans au jour de la souscriptionAucun âge fixe au contrat : date de fin indiquée aux conditions particulièresConditions générales CGSNC27 + note d’information NISNC27, version CG 05/2025, NI 07/2025

Relevé documentaire du 6 septembre 2026 : chaque valeur provient d'une phrase lue dans le document cité. Ce n'est ni un classement ni un relevé de prix. Certaines lignes regroupent le décès et d'autres garanties, avec des âges distincts précisés dans la cellule. Seule la notice en vigueur remise par l'assureur fait foi. Le jeu de données complet est publié sur la fiche des limites d'âge en assurance emprunteur.

Un contrat de banque souscrit à 45 ans peut donc vous couvrir encore, alors que le même contrat refuserait votre adhésion aujourd'hui. C'est la différence concrète entre garder le prêt d'origine et en signer un nouveau.

Le rachat de soulte après une succession change-t-il l'assurance ?

La logique est la même, avec un point de départ différent : si le défunt était assuré, son prêt a d'abord été traité par son assurance. Service-Public.fr indique que l'assureur verse à la banque le capital restant dû au jour du décès, « selon le montant assuré ».

L'héritier ou le conjoint survivant qui garde le bien verse une soulte aux autres héritiers. S'il emprunte pour la payer, il signe un prêt nouveau, à son nom et à son âge. L'adhésion à l'assurance est alors une première adhésion : questionnaire de santé après 60 ans, âge maximum d'adhésion, âge de fin de la garantie décès.

Pour un conjoint survivant qui souhaite conserver la maison, la durée possible du prêt dépend donc de l'âge de fin de la garantie décès du contrat proposé, si la banque demande cette garantie jusqu'au terme.

Ce que devient le prêt du défunt lui-même est traité dans notre page sur la succession et la reprise d'un emprunt.

Dans quel ordre la banque, l'assureur et le notaire interviennent-ils ?

Aucun texte ne fixe cet ordre : ce qui suit est un raisonnement tiré des règles citées plus haut. Trois accords distincts sont nécessaires, et chacun dépend d'un interlocuteur différent.

  1. L'accord de la banque sur le prêt. Désolidarisation ou nouveau prêt : c'est elle qui décide, après étude des revenus de celui qui reste. Son accord écrit apporte la preuve que l'emprunteur sortant est libéré.
  2. L'accord de l'assureur sur votre tête. Selon Service-Public.fr, lorsque la banque impose une assurance, elle ne fait son offre de crédit qu'une fois obtenu l'accord d'un assureur. À 60 ans passés, cet accord passe par l'examen de votre âge et de votre santé.
  3. L'acte chez le notaire. Il constate le partage et la soulte. Il ne remplace ni l'accord de la banque ni celui de l'assureur.

Un acte de partage signé avant la réponse de l'assureur vous engage à payer une soulte sans certitude sur le financement. Le notaire peut indiquer comment l'acte tient compte de cette incertitude.

Si l'assureur refuse, la banque peut étudier une autre garantie. Le site de la convention AERAS cite les cautions et les hypothèques, et Service-Public.fr mentionne les mêmes sûretés pour remplacer un co-emprunteur. Les recours sont décrits dans notre page sur le refus d'assurance emprunteur.

Une situation type : Hélène, 63 ans, garde la maison

Situation type, construite pour illustrer le raisonnement. Elle ne décrit pas un dossier réel.

Hélène divorce à 63 ans. Le prêt du couple court encore neuf ans, avec une assurance répartie à 50 % sur chacun. Elle souhaite garder la maison et verser une soulte à son ex-mari.

Première voie : la banque accepte la désolidarisation. Le prêt d'origine se poursuit jusqu'aux 72 ans d'Hélène. Sa couverture actuelle porte sur la moitié du prêt ; la banque demande la totalité. Hélène demande par écrit à l'assureur comment il traite cette augmentation, et à quelles conditions. Pour financer la soulte, Hélène signe en plus un prêt complémentaire, avec une adhésion nouvelle.

Seconde voie : un nouveau prêt de douze ans rembourse l'ancien et finance la soulte. Hélène aurait 75 ans à la dernière échéance. Elle remplit un questionnaire de santé. L'assurance s'achèverait après son 71e anniversaire, hors du cadre de la convention AERAS. Le contrat proposé doit accepter une adhésion à 63 ans et couvrir le décès jusqu'à 75 ans au moins : la notice le dit.

Rien ne garantit l'accord de la banque ni celui de l'assureur. Hélène sait en revanche quelles questions poser, et à qui.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Peut-on garder l'assurance du prêt d'origine après un rachat de soulte ?
Seulement si le prêt d'origine se poursuit, ce qui suppose l'accord de la banque sur la désolidarisation. L'assurance reste alors attachée à ce prêt, mais la part assurée sur l'emprunteur restant est à revoir avec l'assureur si la banque demande une couverture plus élevée. Si un nouveau prêt rembourse l'ancien, l'ancienne assurance prend fin avec lui et le nouveau prêt appelle une nouvelle adhésion, examinée à l'âge du jour.
Le questionnaire de santé est-il obligatoire pour un rachat de soulte à 62 ans ?
L'assureur peut le demander pour toute nouvelle adhésion. L'article L. 113-2-1 du code des assurances ne l'interdit que si la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par assuré et si le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire de l'assuré. À 62 ans, cette seconde condition ne peut pas être remplie. En cas de risque de santé, la convention AERAS prévoit un examen en trois niveaux si la part assurée ne dépasse pas 420 000 € et si l'assurance s'achève avant le 71e anniversaire.
L'ex-conjoint reste-t-il engagé tant que la banque n'a pas donné son accord ?
Oui. Selon Service-Public.fr, le divorce ou la séparation ne met fin ni au contrat de prêt ni à la garantie co-emprunteur. La désolidarisation n'existe que si la banque l'accepte : dans ce cas, l'emprunteur restant rembourse et garantit seul le prêt. Tant que cet accord n'est pas donné, la banque peut demander le paiement à l'un ou à l'autre, comme le prévoit l'article 1313 du code civil pour les débiteurs solidaires.
L'assureur peut-il résilier mon contrat parce que ma santé s'est dégradée depuis la signature ?
Non, pour le contrat en cours. L'article L. 113-12-2 du code des assurances prévoit que, pendant toute la durée du contrat d'assurance d'un prêt, l'assureur ne peut pas le résilier pour cause d'aggravation du risque, sauf cas fixés par décret lorsque l'aggravation résulte d'un changement volontaire de comportement de l'assuré. Ce texte porte sur la résiliation du contrat en cours. Une nouvelle adhésion, elle, s'examine avec l'état de santé du jour ; pour une augmentation de la part assurée, la réponse écrite de l'assureur fait foi.
Jusqu'à quel âge peut-on assurer un prêt destiné à payer une soulte ?
L'âge dépend du contrat, pas de l'objet du prêt. Dans les contrats relevés le 6 septembre 2026, l'adhésion à la garantie décès se ferme entre 65 et 86 ans selon le contrat, et la garantie cesse entre le 75e anniversaire et l'année du 90e anniversaire. Si la banque demande une couverture jusqu'à la dernière échéance, la durée du prêt ne peut pas dépasser le temps qui sépare l'emprunteur de cet âge de fin. La notice du contrat proposé donne les deux âges.
Qui calcule la soulte et les frais du partage ?
Le notaire. Le montant de la soulte, les frais d'acte et la fiscalité du partage ne sont pas traités sur cette page, qui se limite à l'assurance emprunteur. L'article 826 du code civil pose seulement le principe : lorsque les lots d'un partage ne peuvent pas être d'égale valeur, leur inégalité se compense par une soulte.

Pour aller plus loin

Cette page traite de l'assurance au moment du rachat de soulte. Le déroulement du divorce avec un crédit en cours et le sort du prêt d'un défunt sont traités ailleurs.

Cette page est informative. Elle ne constitue pas un conseil personnalisé : seule l'étude de votre dossier par un prêteur, un assureur et un notaire permet de connaître les conditions qui vous seront proposées.

Sources officielles