Senior Emprunteur

Refus d'assurance emprunteur senior : que faire

Refus d'assurance emprunteur après 55 ans : recours AERAS niveau 2 et 3, alternatives (hypothèque, nantissement, quotité), assureurs spécialisés. Guide 2026.

Par Jérémy Chevalier Publié le Mis à jour le

Recevoir un refus d'assurance emprunteur après 55 ans n'a rien d'exceptionnel. En 2024, tous âges confondus, 6,4 % des demandes présentant un risque aggravé de santé n'ont reçu aucune proposition d'assurance (France Assureurs, Statistiques convention AERAS 2024, décembre 2025). Il n'existe pas de chiffre publié propre aux seniors. Un refus n'est presque jamais la fin du parcours. La convention AERAS prévoit plusieurs niveaux de recours, et il existe des alternatives concrètes au crédit avec assurance classique. Voici la marche à suivre méthodique.

Étape 1, Comprendre le motif du refus

Tout refus doit être motivé par écrit. Demandez le motif précis si ce n'est pas clair :

  • Refus médical : un risque jugé trop élevé ou une pathologie hors barème de l'assureur.
  • Refus d'âge : âge en fin de prêt supérieur à la limite (souvent 80 ou 85 ans).
  • Refus d'encours : capital assuré total dépassant la limite de l'assureur (parfois 300 000 €, parfois 1 M€ selon les produits).
  • Refus pour incohérence du dossier : déclarations contradictoires ou justificatifs manquants.

Le motif détermine la stratégie de recours.

Étape 2, Demander le niveau 2 d'AERAS

Si votre refus est médical et que vous présentez un risque aggravé de santé, vous avez droit au passage en niveau 2 :

  • Niveau 1 : analyse standard par le service souscription.
  • Niveau 2 : réexamen par l'équipe médicale spécialisée de l'assureur.

Demandez ce passage explicitement et par écrit (lettre recommandée ou email). La convention AERAS prévoit un délai global de 3 semaines côté assureur, une fois le dossier médical complet. Ce délai vient de la convention, pas de la loi, et il ne se compte pas niveau par niveau.

Beaucoup d'emprunteurs ne savent pas que le niveau 2 existe. Aucune statistique publiée n'isole la part des refus de niveau 1 levés au niveau 2.

Étape 3, Si refus persistant, demander le niveau 3

Le niveau 3 d'AERAS est le pool des risques très aggravés, géré par un consortium de réassureurs. Il regroupe les profils les plus complexes : cancers récents, multi-pathologies, séquelles graves.

Vous y avez accès si :

  • Le niveau 2 a refusé.
  • Votre dossier présente un risque aggravé de santé documenté.
  • La part assurée ne dépasse pas 420 000 € et le prêt arrive à terme avant votre 71e anniversaire (conditions de la convention AERAS).

En 2024, 42,1 % des demandes transmises au pool des risques très aggravés ont reçu une proposition d'assurance, tous âges confondus (France Assureurs, Statistiques convention AERAS 2024, décembre 2025). La proposition peut comporter des exclusions ciblées (par exemple, garantie ITT exclue mais décès maintenu). Pour bien évaluer ce qu'une exclusion signifie concrètement, voir le détail des garanties refusables et de leur impact.

Étape 4, Changer d'assureur

Si AERAS aux 3 niveaux ne suffit pas, changez d'assureur. Les politiques d'acceptation varient énormément entre acteurs sur les profils seniors et complexes :

  • Des assureurs en délégation, comme MNCAP ou AFI ESCA, appliquent leurs propres règles d'acceptation.
  • Des courtiers et comparateurs, comme Securimut, Magnolia ou Réassurez-moi, présentent un même dossier à plusieurs assureurs.

Nous ne disposons d'aucune statistique d'acceptation par assureur. Un dossier refusé chez l'un peut être accepté chez un autre, sans garantie de résultat. Interroger 3 ou 4 acteurs reste le moyen de le savoir.

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Étape 5, Les alternatives au crédit avec assurance

Si après tous les recours l'assurance reste impossible ou trop coûteuse, plusieurs montages permettent d'emprunter sans elle. En voici le principe ; leur coût réel, leur formalisme et surtout leur conséquence successorale — sans assurance décès, la dette passe aux héritiers — sont détaillés dans notre page emprunter sans assurance après 70 ans.

Garantie hypothécaire pure

La banque accepte de prêter sans assurance emprunteur, en se garantissant uniquement par hypothèque sur le bien. Conditions :

  • Patrimoine généralement important (>50 % d'apport).
  • Quotité de financement modérée (souvent ≤ 60 %).
  • Banque acceptant ce schéma (rare mais possible, surtout en banque privée).

Nantissement

Vous nantissez un actif financier (assurance-vie, portefeuille titres) en garantie du prêt, en remplacement de l'assurance. Avantage : pas de contrainte santé. Inconvénient : capital bloqué pendant la durée du prêt.

Quotité 0/100 en couple

Si l'emprunteur "à risque" est en couple et que l'autre conjoint est assurable normalement : assurer 100 % sur le conjoint sain et 0 % sur l'emprunteur refusé. La banque accepte si la solvabilité du conjoint seul couvre le crédit.

Caution mutuelle

Certains organismes (Crédit Logement) acceptent de cautionner sans assurance emprunteur sur la tête de l'emprunteur problématique, sous conditions strictes.

Réduire le capital ou la durée

La loi Lemoine supprime le questionnaire de santé si la part assurée cumulée ne dépasse pas 200 000 € par assuré et si le remboursement se termine avant le 60e anniversaire (article L. 113-2-1 du Code des assurances). Cette seconde condition n'est presque jamais remplie par un senior.

Réduire la durée du prêt pour qu'il arrive à terme avant votre 71e anniversaire peut rouvrir l'accès au niveau 3 de la convention AERAS, si la part assurée ne dépasse pas 420 000 €.

Étape 6, Saisir le médiateur

Si le refus vous paraît abusif (par exemple, refus sans motif clair, ou refus en niveau 1 sans proposer le niveau 2), saisissez le médiateur de l'assurance (sur mediation-assurance.org). La saisine est gratuite, le médiateur a 90 jours pour rendre un avis.

La saisine suppose d'avoir d'abord adressé une réclamation écrite à l'assureur. Si le litige porte sur l'application de la convention AERAS, c'est la Commission de médiation de la convention AERAS qui est compétente. Elle ne se prononce ni sur le montant d'une surprime, ni sur une exclusion de garantie.

Étape 7, Signaler la pratique à l'ACPR

L'ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) supervise les assureurs et les banques. Elle n'a pas de médiateur et ne traite pas les litiges individuels. Vous pouvez lui signaler une pratique, mais ce signalement ne règle pas votre dossier.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

L'assureur peut-il refuser sans donner de motif ?
Non, légalement la motivation est obligatoire dans le cadre d'AERAS. Si on vous oppose un refus sans motif clair, écrivez en lettre recommandée pour le demander. L'absence de réponse motivée est un manquement que vous pouvez soumettre à La Médiation de l'Assurance, après une réclamation écrite auprès de l'assureur. Souvent, la simple demande écrite débloque une motivation détaillée, et donc un point d'appui pour contester.
Combien de temps prend l'ensemble des recours AERAS ?
La convention AERAS prévoit un délai global de 3 semaines côté assureur, une fois le dossier médical complet, puis 2 semaines côté banque. Ces délais viennent de la convention, pas de la loi, et ne se comptent pas niveau par niveau. Anticipez ce délai dans votre planning d'achat immobilier, informez votre vendeur si nécessaire et négociez une condition suspensive d'assurance allongée (12 semaines au lieu des 8 standards).
Si je suis refusé partout, dois-je renoncer à mon projet ?
Pas forcément. Les alternatives sans assurance (hypothèque, nantissement, caution sans assurance) sont possibles si votre patrimoine le permet. La quotité 0/100 fonctionne en couple si le conjoint est assurable. Et certains profils acceptés ailleurs après 3-4 tentatives. Un courtier expérimenté en risque aggravé est souvent indispensable à ce stade.
Un refus chez un assureur me handicape-t-il chez les autres ?
Non. Chaque assureur fait sa propre analyse, basée sur le questionnaire médical que vous remplissez. Il n'existe pas de fichier mutualisé des refus. Vous pouvez tout à fait être refusé chez l'assureur A, puis accepté chez l'assureur B, parfois sans même de surprime. C'est l'argument central pour comparer plusieurs acteurs.
Le notaire peut-il bloquer l'achat si je n'ai pas d'assurance emprunteur ?
Le notaire applique les conditions du contrat de prêt fourni par la banque. Si la banque accepte un schéma sans assurance (hypothèque pure, nantissement), le notaire suit. C'est la banque qui est l'arbitre principal. Argumentez avec le banquier en montrant la solidité de votre garantie alternative, l'acceptation est possible, surtout sur les patrimoines confortables.

Exemple fictif : un refus opposé malgré le droit à l'oubli

Cet exemple est construit pour illustrer la marche à suivre. Il ne relate pas un dossier réel et ne préjuge d'aucun résultat.

Profil : femme, 64 ans, cancer du sein dont le protocole thérapeutique est terminé depuis 7 ans, sans rechute. Elle emprunte 180 000 € sur 6 ans : le prêt arrive à terme avant son 71e anniversaire. Un assureur lui oppose un refus en invoquant cet antécédent.

ÉtapeDémarche
1Demande écrite du motif du refus (lettre recommandée)
2Réclamation écrite à l'assureur, en rappelant le droit à l'oubli
3Sans réponse satisfaisante : saisine de la Commission de médiation de la convention AERAS

Le droit à l'oubli s'applique 5 ans après la fin du protocole thérapeutique, sans rechute. Passé ce délai, l'antécédent n'a pas à être déclaré et ne peut fonder ni refus, ni surprime, ni exclusion. La saisine de la Commission de médiation AERAS est gratuite.

Pour aller plus loin

Sources et références

Sources officielles