Senior Emprunteur

Asthme et assurance emprunteur : contrôlé ou sévère

Asthme et assurance de prêt : ce que l'assureur demande, ce qui sépare un asthme contrôlé d'un asthme sévère, et ce que prévoit la loi Lemoine.

Par Jérémy Chevalier Publié le

Oui, on emprunte avec un asthme, et il se déclare au questionnaire de santé. Ce qui fait la différence n'est pas le mot « asthme » mais ce que votre dossier montre : le traitement nécessaire pour le contrôler, les hospitalisations et les arrêts de travail.

Aucun barème public ne fixe le sort d'un asthme en assurance de prêt. L'asthme ne figure pas dans la grille de référence AERAS, et il n'ouvre aucun droit à l'oubli. Chaque assureur étudie donc le dossier à sa manière, ce qui rend la préparation des pièces plus utile que la recherche d'un tarif type.

Un asthme doit-il être déclaré dans le questionnaire de santé ?

Oui, dès qu'une question du formulaire le vise, y compris quand l'asthme est ancien et bien contrôlé. Le questionnaire de santé interroge sur les maladies chroniques, les traitements réguliers, les hospitalisations et les arrêts de travail. Un traitement de fond pris tous les jours répond à lui seul à la question sur les traitements.

Vous signez ce questionnaire et vous en assumez les réponses, rappelle le site officiel de la convention AERAS. Votre médecin peut vous aider à le remplir, en s'en tenant aux données objectives de votre dossier médical.

L'enjeu est celui de toute fausse déclaration. L'article L. 113-8 du code des assurances prévoit la nullité du contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle, lorsqu'elle change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur. Les primes payées restent alors acquises à l'assureur. Si le contrat est annulé après la découverte d'un asthme volontairement omis, le capital restant dû n'est pas pris en charge.

Qu'est-ce qui sépare un asthme contrôlé d'un asthme sévère ?

Le niveau de traitement nécessaire pour maîtriser les symptômes. L'Inserm précise que la sévérité d'un asthme se juge au traitement requis pour contrôler les symptômes et les crises. Selon le même dossier, un asthme n'est dit sévère que si le diagnostic est confirmé, les maladies associées traitées, et le traitement recommandé bien pris et malgré tout insuffisant.

L'Assurance Maladie décrit l'asthme sévère comme la forme la plus grave de la maladie, avec des symptômes quotidiens, des crises répétées et une activité limitée malgré un traitement optimal. Le diagnostic se pose après une observation d'au moins six mois. Le traitement peut alors être renforcé par des corticoïdes en comprimés ou par des médicaments biologiques, dont la prescription initiale est hospitalière.

Selon l'Inserm, l'asthme sévère concerne environ 5 % des patients. Il est associé à plus de 60 000 hospitalisations et à près de 900 décès par an, principalement chez les adultes de plus de 55 ans. L'Assurance Maladie retient une estimation plus large : environ 600 000 personnes sur 4 millions.

Ce que montre le dossierAsthme contrôléAsthme sévère
TraitementTraitement inhalé, stable dans le tempsCorticoïdes en comprimés ou médicament biologique
SuiviMédecin traitant, parfois pneumologuePneumologue, prescription initiale hospitalière
HospitalisationsAucune ou anciennesPossibles, à documenter une par une
Pièce la plus utileOrdonnance récente et dernier bilan du souffleCourrier daté du pneumologue

Lecture qualitative, destinée à préparer un dossier. Elle ne repose sur aucun barème d'assureur : il n'en existe pas de public pour l'asthme.

Que regarde l'assureur dans un dossier d'asthme ?

Il regarde des faits datés, pas un diagnostic. La grille AERAS ne prévoyant rien pour l'asthme, chaque assureur applique ses propres critères, qui ne sont pas publiés. Les réponses que le questionnaire vous demande donnent toutefois la liste de ce qui sera lu.

  1. Le traitement en cours. Nom des médicaments, date de début, changements récents. Un traitement inchangé depuis plusieurs années est un fait daté, simple à documenter.
  2. Les hospitalisations et passages aux urgences. Date, durée, motif. Joignez le compte rendu : une hospitalisation ancienne et isolée n'a pas le même sens qu'une série récente.
  3. Les arrêts de travail. Leur durée et leur cause. Ils orientent surtout les garanties d'arrêt de travail et d'invalidité.
  4. Le tabac. Le statut de fumeur fait en général l'objet d'une question distincte, à laquelle l'asthme ne dispense pas de répondre.
  5. Les autres maladies déclarées. Elles sont appréciées séparément, et se cumulent avec l'asthme.

Si l'assureur réclame un complément, répondez par des documents plutôt que par des explications : dernier bilan du souffle, ordonnance, courrier du médecin.

La loi Lemoine dispense-t-elle un emprunteur asthmatique du questionnaire ?

Seulement si deux conditions sont réunies en même temps. L'article L. 113-2-1 du code des assurances interdit à l'assureur de demander des informations de santé ou un examen médical lorsque :

  • la part assurée sur l'encours cumulé de vos crédits n'excède pas 200 000 € par tête assurée ;
  • et l'échéance de remboursement du prêt intervient avant votre 60e anniversaire.

Ces conditions sont en vigueur depuis le 1er juin 2022. Le texte dit « par assuré » : pour deux co-emprunteurs, le plafond s'apprécie pour chacun, sur sa part assurée. Service-Public.fr les résume de la même manière : crédit de 200 000 € ou moins par assuré, à rembourser avant 60 ans.

La seconde condition écarte la plupart des emprunteurs de plus de 50 ans. Un prêt sur quinze ans doit être signé avant 45 ans pour s'achever avant 60 ans. À 55 ans, seul un prêt de moins de cinq ans y répond. Dans tous les autres cas, le questionnaire reste dû et l'asthme s'y déclare.

Quand les deux conditions sont remplies, en revanche, l'assureur ne peut demander aucune information sur l'état de santé ni aucun examen médical. Cette situation concerne plus souvent un co-emprunteur plus jeune ou un enfant qui emprunte de son côté.

L'asthme relève-t-il de la convention AERAS et du droit à l'oubli ?

De la convention AERAS, oui ; de sa grille de référence et du droit à l'oubli, non. La grille de référence AERAS, dans son édition de septembre 2023, ne contient aucune ligne pour l'asthme. La seule maladie respiratoire qui y figure est la mucoviscidose. Aucun délai d'accès ni plafond de surprime propre à l'asthme n'est donc opposable à un assureur.

Le droit à l'oubli ne concerne que les anciens cancers et l'hépatite C. Un asthme reste à déclarer, quelle que soit son ancienneté.

Ce qui s'applique, c'est le mécanisme général de la convention AERAS — pour « s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé ». Selon le site de la convention, pour un prêt immobilier dont la part assurée n'excède pas 420 000 € et dont l'assurance s'achève avant votre 71e anniversaire, un dossier qui n'aboutit pas au premier niveau passe automatiquement en réexamen individualisé, puis devant un pool spécialisé.

Sous conditions de revenus, la convention plafonne aussi le coût de l'assurance à 1,4 point dans le taux effectif global du prêt. Ce plafond ne joue que si une surprime vous est proposée et que vos revenus restent sous les seuils de la convention.

En quoi un dossier d'asthme diffère-t-il d'un dossier de BPCO ?

Par la nature de la maladie, et donc par ce que l'assureur cherche à savoir. L'asthme évolue par crises, avec des bronches enflammées. La BPCO — bronchopneumopathie chronique obstructive — se définit, selon l'Assurance Maladie, par une obstruction permanente des voies aériennes, due au tabac dans plus de 80 % des cas.

AsthmeBPCO
Nature (Assurance Maladie)Inflammation des bronches, par crisesObstruction permanente des voies aériennes
Question centrale du dossierLa maladie est-elle contrôlée, et avec quel traitement ?À quel stade en est l'obstruction, et le tabac est-il arrêté ?
Pièce pivotTraitement et historique des crisesMesure du souffle et statut tabagique
Grille de référence AERASAbsentAbsente

Cette page ne traite que de l'asthme. Si votre pneumologue a posé un diagnostic de BPCO, seul ou associé à un asthme, votre dossier se prépare autrement : voir BPCO et assurance emprunteur. Les deux diagnostics se déclarent séparément lorsqu'ils coexistent.

Françoise, 57 ans : un asthme ancien, un prêt de dix ans

Situation type, construite pour illustrer le raisonnement. Elle ne décrit pas un dossier réel.

Françoise emprunte 120 000 € sur dix ans. Asthme depuis l'adolescence, traitement inhalé inchangé depuis huit ans, une hospitalisation en 2011, aucun arrêt de travail lié à l'asthme.

Son prêt s'achèvera à 67 ans. La part assurée est inférieure à 200 000 €, mais l'échéance dépasse son 60e anniversaire : la dispense de questionnaire ne s'applique pas. Elle déclare donc son asthme.

Elle joint trois pièces sans attendre qu'on les lui demande : son ordonnance en cours, le compte rendu de l'hospitalisation de 2011 et un courrier de son médecin attestant la stabilité du traitement. Le dossier contient ainsi la réponse aux questions qu'un médecin-conseil poserait.

Si une proposition comporte une exclusion ou une majoration, Françoise peut demander par écrit les raisons médicales au médecin de l'assureur, puis présenter le même dossier à un autre assureur.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Un asthme d'enfance disparu depuis trente ans doit-il être déclaré ?
Tout dépend de la formulation des questions. Un questionnaire de santé fixe lui-même sa période de référence : certaines questions portent sur un nombre d'années limité, d'autres sur toute la vie. Répondez à la question telle qu'elle est posée, ni plus ni moins. Si elle vise les traitements en cours et que vous n'en prenez plus, la réponse est non. Si elle vise toute maladie respiratoire passée, la réponse est oui. En cas de doute, votre médecin peut vous aider à répondre à partir de votre dossier médical.
La Ventoline prise de temps en temps compte-t-elle comme un traitement ?
Elle répond à la question dès lors que le formulaire demande si vous prenez ou avez pris un traitement sur ordonnance pendant la période visée. Un médicament de secours prescrit par un médecin est un traitement, même utilisé rarement. Indiquez-le avec sa fréquence réelle d'utilisation : la précision évite à l'assureur de supposer un usage plus fréquent.
Un médicament biologique pour un asthme sévère fait-il refuser le dossier ?
Aucune règle publique ne le prévoit, et aucune ne l'exclut. L'asthme n'étant pas dans la grille de référence AERAS, chaque assureur décide. En cas de refus au premier niveau, la convention AERAS organise un réexamen automatique à deux niveaux supplémentaires pour les prêts immobiliers dans la limite de 420 000 € de part assurée et d'une assurance s'achevant avant le 71e anniversaire. Un courrier du pneumologue décrivant l'effet du traitement est la pièce la plus utile.
L'assureur peut-il exclure les maladies respiratoires de la garantie arrêt de travail ?
Oui, une proposition d'assurance peut comporter une surprime ou des exclusions de garantie. L'article L. 113-1 du code des assurances exige toutefois qu'une exclusion soit formelle et limitée, donc rédigée de façon précise. Lisez la clause avant de signer : une exclusion visant l'asthme et ses suites n'a pas la même portée qu'une exclusion de toutes les affections respiratoires. Vous pouvez demander les raisons médicales par écrit au médecin de l'assureur.
Mon asthme est mieux contrôlé qu'à la souscription : puis-je faire revoir mon assurance ?
Oui. Le remplacement de l'assurance de prêt est possible à tout moment, à condition que le nouveau contrat présente des garanties équivalentes à celles exigées par votre banque. Vous remplissez alors un nouveau questionnaire de santé, à votre âge du jour. Une amélioration documentée de l'asthme peut jouer en votre faveur, mais le résultat dépend de l'étude complète du dossier, autres éléments de santé compris.

Pour aller plus loin

Sources officielles